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Etude

Pour une politique étrangère féministe ?

Pourquoi et à quelles conditions

Coralie Vos Coralie Vos
30 mars 2021

« Pour une politique étrangère féministe ? Pourquoi et à quelles conditions ». Une étude du CNCD-11.11.11, sous la plume de Coralie Vos, dans la collection ’Point Sud’, dont l’objectif est de contribuer aux réflexions pour l’adoption par la diplomatie et la Coopération belges d’une politique étrangère féministe, à l’instar d’autres pays, comme la Suède ou le Mexique.

Pour une politique étrangère féministe ?

Cette étude se centre sur l’intégration du genre dans la politique étrangère belge, plus particulièrement sur les affaires étrangères, la coopération au développement coopération au développement
aide publique au développement
aide au développement
et le commerce extérieur. Après un état des lieux, l’analyse explore une piste prometteuse pour permettre de renforcer les engagements de la Belgique en faveur de l’intégration du genre et des droits des femmes et des filles : une politique étrangère féministe.

Si la Belgique fait preuve d’une position engagée en matière d’égalité des genres et de droits des femmes et des filles sur la scène internationale, elle ne dispose pas d’une stratégie et de mécanismes unifiés d’intégration du genre dans l’ensemble des domaines concernés par ses Affaires étrangères. Au niveau de la Coopération belge au développement, l’intégration du genre apparaît comme priorité depuis une vingtaine d’années. Toutefois, la note stratégique « genre » et son plan d’action de 2016 n’ont pas été évalués et peu d’informations circulent sur leur mise en œuvre, indicateurs de suivi ou moyens humains et financiers pour atteindre aussi bien les objectifs spécifiques en matière d’égalité des genres qu’une approche intégrée du genre dans tous les domaines de la Coopération belge au développement. La proportion de l’aide bilatérale intégrant le genre stagne aux alentours de 60%, et seulement 5% de l’aide bilatérale l’intègrent comme objectif principal. Enfin, l’égalité des genres n’est pas reprise comme une valeur de la diplomatie économique de la Belgique et la politique de commerce extérieur manque d’une approche genre transversale. Par ailleurs et malgré les conséquences néfastes de sa politique commerciale sur les droits des femmes et des filles dans les pays en développement, la Belgique est dépourvue d’un cadre légal sur le devoir de vigilance des entreprises qui permettrait de rendre les filières d’approvisionnement des entreprises belges plus durables et respectueuses des droits humains, dont les droits des femmes et des filles.

Une déclaration d’État en faveur d’une politique étrangère féministe apparaît comme une solution structurante pour remédier à ces lacunes. L’émergence des politiques étrangères féministes est relativement récente. La Suède a lancé le mouvement en 2014, suivie par le Canada, la France, le Luxembourg et le Mexique. Même s’il existe des nuances d’un pays à l’autre, certains points sont communs comme la centralité des droits humains et le fait de s’appliquer aussi bien aux actions externes qu’aux politiques et pratiques internes des agences concernées. L’adoption d’une politique étrangère féministe présente des risques non négligeables d’instrumentaliser « le féminisme » pour les intérêts d’acteurs dominants et de provoquer des résistances de la part des partenaires. Mais elle offre également d’importantes opportunités directes et indirectes pour les droits des femmes et des filles : l’accroissement du soutien aux mouvements féministes et aux organisations de droits des femmes ; la mise en œuvre d’une approche intersectionnelle qui engage significativement la société civile féministe et cherche à déconstruire les différents systèmes de domination à l’origine de formes croisées de discrimination et de marginalisation ; la réappropriation progressiste des récits sur le genre et les droits humains et un renforcement des alliances internationales ; davantage de cohérence des politiques en faveur du développement durable.