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Reportage

Une catastrophe silencieuse débrousse le Sahel

Sarah Freres Sarah Freres 12 juillet 2022

Les sécheresses répétées dans le nord du Sénégal ont tari les sols et fait fuir la pluie. Comme ailleurs dans la bande sahélienne, une des régions les plus vulnérables au monde, l’adaptation au dérèglement climatique atteint ses limites. De village en village, les anciens racontent ce que la désertification a pris aux agriculteurs du Walo et aux éleveurs du Diéri au fil des ans, de la végétation aux animaux sauvages en passant par leurs habitudes alimentaires et leurs revenus.

« Regardez avec vos yeux. Regardez autour de vous. Vous voyez bien qu’il n’y a plus rien. » Samba Thiam, chef du village de Wourothierno Mamadou, scrute le paysage à travers le trou d’un mur en banco. Une terre couleur ocre, lacérée de craquelures, vierge d’herbe. Des arbres éparpillés, leurs branches nues.

Dans la fournaise de la région du Fouta, « la brousse », dit-on, « est devenue désertique ».
« Avant, on avait tout. Maintenant, tout est gâté, observe-t-il. On entend parler de reboisement depuis longtemps. On n’a jamais rien vu venir. L’Etat ne nous aide pas. Pourtant, cette zone pourrait être le grenier du Sénégal et rendre le pays auto-suffisant ! On ne sentirait alors plus les effets de cette guerre en Ukraine sur le prix des denrées alimentaires. » Les quelques âmes de ce village peul se pressent autour de Samba Thiam, alors qu’il expose ses trois priorités. Une école et un centre de soin local. « Les plus proches sont à vingt kilomètres.  » Et l’eau. Nichée 200 mètres sous terre, elle est hors de portée sans forage.

Au sud-ouest du Sahel, deux zones composent cette région de la vallée du fleuve Sénégal. D’une part, le Walo, son sol argileux, ses terres inondables et cultivables grâce aux crues annuelles de la rivière. D’autre part, le Diéri, sec et sablonneux, dépendant de l’hivernage (la saison des pluies) et dédié à l’élevage. La Grande muraille verte, reliant les 7 800 km entre Dakar et Djibouti, devrait passer par là.

Lancé en 2007 par l’Union africaine, ce projet faramineux prévu pour restaurer les terres dévorées par la désertification peine toutefois à se concrétiser : selon les Nations Unies, en quinze ans, seuls quatre millions d’hectares sur les cent millions envisagés ont été couverts. Parmi les facteurs expliquant cet échec (manque de financement, conflits, coordination complexe entre les différents acteurs, nécessité d’impliquer les populations locales, instabilités politiques, etc.), deux sont déterminants : une pluviométrie en chute et une pression anthropique (hommes et animaux) trop importante.

« Tant qu’il y avait la pluie dans le Fouta, nous avions la plus belle vie du monde. Des centaines de charrettes amenaient le mil, l’horizon était bouché par les arbres, les gens et les animaux ne dérangeaient pas la nature. On vivait en harmonie avec elle, se souvient Mamadou Amadou, chef de Boborél. La sécheresse diminue tout. La beauté du teint, la santé mentale, la qualité du sommeil, la reproduction des animaux, la quantité de lait. Nos activités déclinent, on s’ennuie davantage, on se tracasse plus. Avant, nous avions beaucoup d’amour pour nos animaux. On dormait même avec eux. On pratiquait l’élevage sans se soucier de l’argent. Maintenant, on ne pense qu’aux frais, si ça rapportera assez, si on pourra payer un mariage, si ce sera suffisant pour nourrir la famille et les boeufs. »

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