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Agroécologie : la ministre Kitir s’engage, place à la mise en œuvre

La Coalition Contre la Faim (CCF) et madame la Ministre de la Coopération au développement, Meryame Kitir se sont rencontrées dans une ferme coopérative de Louvain pour échanger leur point de vue sur l’agroécologie ainsi que sur le prochain sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires (UNFSS).

C’est à Louvain, dans une ferme agroécologique gérée sous forme de coopérative sous le nom de BoerEnCompagnie, que Tom Troonbeeckx nous a reçus avec la Ministre Kitir pour nous parler d’agroécologie. Cette rencontre, organisée par la Coalition contre la faim (CCF) ne tombait pas par hasard, la Coalition désirait en effet remettre en mains propres à la Ministre deux documents fraîchement produits : une note de référence sur l’agroécologie et un document de position sur l’UNFSS.

Agroécologie : la ministre Kitir s’engage, place à la mise en œuvre !

Coalition contre la faim

L’objectif de la note de référence sur l’agroécologie est de pouvoir offrir aux responsables politiques une définition détaillée et scientifiquement reconnue de ce qui doit être entendu par ce concept de plus en plus présent dans les débats concernant les politiques agricoles. L’agroécologie, c’est à la fois un ensemble de techniques agricoles issues des savoirs ancestraux et d’innovations, une discipline scientifique et un mouvement social. Les trois dimensions sont interdépendantes et l’agroécologie ne peut être comprise sans être abordée sous ce triptyque.

La note de référence de la CCF invite les autorités belges à faire de l’agroécologie le moteur principal de la transition vers des systèmes alimentaires durables. Il est bien question d’agroécologie, et non pas d’agriculture raisonnée, de smart farming ou d’agriculture durable, autant de concepts aux contours flous mobilisés par les lobbies agro-industriels en vue de perpétuer le statu quo. Le Panel d’Experts de haut niveau du Comité pour la Sécurité Alimentaire Mondiale (HLPE), interface science-politique du Comité des Nations Unies sur la sécurité alimentaire mondiale (CSA), décrit en détail ce qu’est l’agroécologie en édictant 13 principes eux-mêmes regroupés en 3 catégories inter-reliées : améliorer l’efficacité des ressources, renforcer la résilience, assurer l’équité et la responsabilité sociale. Se référer à cette définition du HLPE, c’est doter la coopération belge d’un horizon sans équivoque.

Dès sa prise de fonction, la ministre de la Coopération au développement coopération au développement
aide publique au développement
aide au développement
a marqué sa volonté de soutenir la transition vers des systèmes alimentaires durables et, pour la première fois, le concept d’agroécologie a été mentionné dans une déclaration de politique générale. Cependant, beaucoup reste à faire pour que l’agroécologie et ses 13 principes guident véritablement la coopération agricole de notre pays. En 2020, la CCF lançait la campagne Yes2Agroecologie pour demander d’augmenter la part des projets de coopération soutenant l’agroécologie d’une part et de soutenir davantage la recherche d’autre part.

Lors de cette rencontre, la Ministre Kitir s’est dite favorable à suivre ces demandes ainsi qu’à soutenir une vision forte de l’agroécologie lors des rencontres internationales dédiées aux systèmes alimentaires. Les engagements sont pris, la CCF s’en réjouit. Maintenant place à la mise en œuvre qui devra passer entre autres, par une révision de la note stratégique “sécurité alimentaire et agriculture” de la Belgique, jugée anachronique par la CCF.

En fin d’année, se tiendra le sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires, de son acronyme anglais, l’UNFSS. Appelé par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres en 2019, ce sommet réunira les États, les entités des Nations Unies, la société civile et les entreprises pour développer des idées sur la façon de transformer les systèmes alimentaires mondiaux. Une transformation de plus en plus urgente au vu des crises multiples qui touchent le secteur : crise structurelle de la faim qui s’accentue sous les effets de la pandémie, malnutrition (carences alimentaires, obésité), destruction de la biodiversité et réchauffement climatique, disparition des fermes de taille petite ou moyenne au profit d’exploitations agro-industrielles toujours plus grandes.

Cependant, la montagne pourrait accoucher d’une souris. C’est du moins ce que craignent d’une part, les scientifiques rassemblés au sein du HLPE et d’autre part, les organisations de la société civile se faisant entendre quant à elles via leCSM (Mécanisme de la Société Civile et des Peuples Autochtones). Pire encore, cette souris pourrait détourner l’attention des responsables politiques des véritables solutions à mettre en place...comme l’agroécologie.

Via cette nouvelle note de position, la CCF partage et relaie les inquiétudes du CSM :

  • Le Sommet confirme un modèle de gouvernance (le multistakeholderism) qui ôte aux Etats leurs responsabilités de gérer l’intérêt général et de réaliser les droits humains.
  • L’emprise des entreprises agroindustrielles, dont les intérêts sont défendus par certains Etats, se voit renforcée.
  • Les groupes les plus vulnérables et directement concernés et touchés par les conséquences de notre système alimentaire mondial ne jouent qu’un rôle marginal dans la rédaction des règles visant à transformer nos systèmes alimentaires.

Dès lors, la CCF demande à la Belgique de porter 3 messages en amont, pendant et en aval du sommet UNFSS :

  • Mettre le droit à l’alimentation au centre de toutes les discussions, et adopter un format permettant une gouvernance publique des systèmes alimentaires, compatible avec une approche de droits humains.
  • L’agroécologie et ses principes doivent être reconnus comme le paradigme qui guide la transformation des systèmes alimentaires. Ils doivent être au centre des débats et solutions pour transformer les systèmes alimentaires.
    Le CSA est l’institution internationale et intergouvernementale légitime pour une gouvernance inclusive des systèmes alimentaires, il doit avoir un rôle central pour discuter des résultats du sommet et de leurs mises en œuvre.

En conclusion, l’agroécologie doit être le paradigme qui guide le futur sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires et le CSA son fer de lance. Une fois de plus, derrière ces dossiers quelque peu techniques, c’est la souveraineté alimentaire Souveraineté alimentaire des pays du Sud qui est en jeu. L’agroécologie est considérée depuis longtemps comme un moyen en vue d’atteindre cette souveraineté, car elle engendre une meilleure gouvernance des systèmes alimentaires, de l’autonomie, de la résilience, l’émancipation des femmes ou encore de l’équité. Via Campesina [1] témoigne que c’est ce qui permet aux communautés de reprendre leur alimentation en main. Quant au CSA, Comité des Nations Unies sur la sécurité alimentaire mondiale, il est le véritable lieu où les peuples, les femmes, les jeunes, les agricultrices et agriculteurs ou encore les travailleuses et travailleurs du secteur agroindustriel ont la possibilité de contribuer démocratiquement aux décisions relatives à nos systèmes alimentaires actuels et futurs.


[1La Via Campesina est un mouvement international qui rassemble des millions de paysannes et de paysans, de petits et de moyens producteurs, de sans terre, de femmes et de jeunes du monde rural, d’indigènes, de migrants et de travailleurs agricoles