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Opération 11.11.11

Vulnérables mais fortes : soutenons les coopératives de femmes au Maroc

30 juin 2021

A Casablanca, au Maroc, des coopératives s’organisent pour permettre aux femmes de s’émanciper économiquement, dans un système encore extrêmement patriarcal. Ces coopératives jouent un rôle essentiel aujourd’hui, alors que la crise sanitaire a engendré énormément de difficultés. Zoom sur ce travail exemplaire, en évoquant l’exemple d’AFAQ (Action Femmes des Associations des Quartiers du grand Casablanca), une organisation qui bénéficie du soutien de l’Opération 11.11.11 à travers l’ONG Solsoc.

Depuis 2014, AFAQ accompagne 120 femmes par an dans leur accès au marché du travail à travers des formations professionnalisantes, mais aussi en gestion administrative et financière, et via des ateliers de gestion de conflit ou de prise de parole. AFAQ propose aux participantes de créer ensemble des initiatives d’économie sociale et solidaire dans différents domaines (couture, boulangerie, esthétique, etc). Grâce à ce projet, des centaines de femmes ont vu leurs revenus s’améliorer et ont acquis une indépendance financière.

Pendant la pandémie, nos téléphones n’arrêtaient plus de sonner ! Les femmes que nous accompagnions nous signalaient énormément de violence

Ces derniers mois, la crise du Covid a durement touché les quartiers populaires de Casablanca. Les femmes ont été particulièrement affectées. Pendant la quarantaine, les plaintes et les demandes de soutien adressées à AFAQ ont explosé. « Nos téléphones n’arrêtaient plus de sonner ! Les femmes que nous accompagnions nous signalaient énormément de violence », explique Amina Zaïr, présidente de l’association. « Avant la quarantaine, l’homme, que ce soit le mari, le fils, le frère, le père, était majoritairement à l’extérieur de la maison, au café ou au travail. Mais avec la quarantaine, il doit rester à l’intérieur, il prend alors tout l’espace ».

La violence domestique est l’une des raisons de l’existence d’AFAQ. « Les femmes subissent de la violence de la part de leurs maris, de leurs pères, de leurs frères, de leurs voisins … La femme dans les quartiers populaires c’est l’élément le plus fragile », explique Amina. AFAQ les aide à faire face. Pour ce faire, elle identifie des femmes qui vivent des situations importantes de vulnérabilité, principalement des femmes veuves ou divorcées. L’autonomie économique sera la première clé de l’émancipation. « Si elle est indépendante économiquement, elle n’est plus dépendante de ces hommes. On travaille sur deux aspects avec elles, l’accompagnement économique et la confiance en soi  », poursuit Amina Zaïr.

Si la femme est indépendante économiquement, elle n’est plus dépendante des hommes. On travaille sur deux aspects avec elles, l’accompagnement économique et la confiance en soi

Face à la crise sanitaire, AFAQ a dû se réinventer. L’association a développé des stratégies pour aider les femmes des coopératives, mais aussi plus largement toutes les femmes des quartiers populaires. Elle a notamment mis en place des groupes WhatsApp pour que les femmes de chaque quartier puissent échanger entre elles. « C’est devenu des espaces alternatifs de débat et d’expression pour les femmes entre elles, mais qui nous ont aussi permis de suivre les problématiques que les femmes vivaient dans les quartiers », raconte Amina Lama, une travailleuse d’AFAQ.

  (Crédit : © Bibbi Abruzzini )

Parmi les problèmes soulevés, les violences psychologiques, mais aussi physiques ont résonné comme des appels au secours « On retrouvait souvent le cas de familles où l’homme travaillait et ramenait la principale source de subsistance. Avec le confinement, son activité a été mise à l’arrêt, il était en colère et retournait sa colère sur sa femme  ».

Les victimes qui le souhaitaient ont pu être intégrées dans les coopératives, en particulier de couture, et ont bénéficié de cours à distance, via leur téléphone, pour réaliser des objets d’artisanat, comme des masques qui faisaient l’objet d’une forte demande. Ces masques ont ensuite été commercialisés pour leur fournir un petit revenu.

AFAQ a également aidé les femmes à accéder aux aides publiques, après avoir réalisé que les hommes y avaient majoritairement accès

AFAQ a également aidé les femmes à accéder aux aides publiques, après avoir réalisé que les hommes y avaient majoritairement accès, car ils savaient comment remplir les documents. Les coordinations locales ont donc appuyé les femmes pour y souscrire afin qu’elles puissent elles aussi en bénéficier.

Les femmes ont travaillé sur les proverbes marocains qui normalisent la violence faite aux femmes

Ce travail d’émancipation ne s’est pas arrêté là. A l’occasion de la journée du 8 mars, l’association a porté des revendications sur l’économie sociale et solidaire et sur la place de la femme au niveau politique, à travers un mémorandum. Elle a aussi lancé une campagne pour changer l’image de la femme dans les quartiers. Pour cela, les femmes ont travaillé, via des débats et une grande campagne de sensibilisation, sur les proverbes marocains qui normalisent la violence faite aux femmes. En effet, certains font passer l’idée qu’un homme est un « grand leader » s’il est violent envers sa femme.

  (Crédit : © Bibbi Abruzzini )

Au-delà de la place de la femme, les coopératives jouent un rôle important dans les nécessaires solidarités locales en période de crise sanitaire : transport de personnes âgées ou malade, distribution de paniers alimentaires ou de médicaments (en particulier l’insuline, car il y a beaucoup de personnes diabétiques dans ces quartiers), aides aux jeunes mères, etc.

Des associations comme AFAQ jouent un rôle essentiel au Maroc, à la fois face à l’urgence sanitaire et pour bâtir une société structurellement plus égale.

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