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Premier Forum social européen sur la migration : la société civile se mobilise pour un Pacte mondial de la solidarité !

Du 15 au 26 mars 2021 s’est déroulé le premier Forum social européen sur la migration (FSEM L 2021). Durant 4 assemblées de convergences et 26 activités autogérées, il a rassemblé, virtuellement, 300 organisations et mouvements sociaux, ainsi que des centaines de personnes issues de 31 pays. Réunies au sein de la délégation belge, plusieurs associations francophones et néerlandophones y ont pris part. Retour sur l’apport de la délégation belge et les perspectives du premier Forum social européen sur la migration (FSEM).

Les Fora sociaux : analyser, échanger, converger pour se mobiliser !

Le FSEM émane de la dynamique globale des fora sociaux mondiaux lancée en 2001 au Brésil. L’objectif global de ces fora est de créer un lieu de convergence des luttes contre les inégalités internationales et de construction collective d’une société plus durable où les droits de chacun et chacune soient égaux et respectés. Ces rencontres sont donc avant tout des espaces d’échange, de réseautage, de sensibilisation et de mobilisation commune.

Structuré autour de quatre axes (droits économiques, droits environnementaux/sociaux/culturels, droits politiques et droits Humains), ce FSEM 2021 entendait :

  • Construire et diffuser une analyse partagée sur les politiques migratoires en Europe, les responsabilités des Etats et des entreprises et une condamnation collective de leurs pratiques ;
  • Initier un cadre de discussion pour la mise en œuvre de politiques alternatives construites avec les diasporas et des organisations de la société civile ;
  • Fédérer les mouvements sociaux au niveau européen [1] en vue de préparer une session du Forum social mondial sur les migrations (FSMM) revitalisée sur le terrain en 2021.

Ce forum se voulait particulièrement inclusif malgré les restrictions liées au contexte de pandémie. Les approches inter-sectionnelle et décoloniale ont traversé l’ensemble des ateliers.

Deux ateliers ont été menés par la délégation belge [2]. Ils ont rassemblé une centaine de personnes qui ont pu entendre et échanger avec des orateurs et oratrices internationaux. La parole des personnes migrantes, premières concernées, fut mise en avant.

Un atelier sur l’accueil solidaire

Pour un accueil solidaire ! du local au national, quelles stratégies d’influence à promouvoir ?

CNCD-11.11.11
https://youtu.be/w638PRFZRGw

Le premier atelier, intitulé « Pour un accueil solidaire : du local au national, quelles stratégies d’influence à promouvoir ? », avait pour objectif de présenter différents projets citoyens d’accueil solidaire destinés aux personnes migrantes dites sans papier ou en transit en Europe. Ces personnes n’ont droit à aucune visibilité et sont souvent traquées. La majorité des projets citoyens d’accueil solidaires sont mis en place pour faire face aux carences de nos Etats. Les panelistes issus du milieu associatif de France, Italie, Portugal, Pays-Bas et Belgique ainsi que des personnes migrantes originaires de Mauritanie et de Syrie se sont questionnées sur la stratégie à mener pour que ces alternatives locales influencent et modifient l’orientation répressive des politiques migratoires actuelles aux niveaux national et européen.

Trois éléments clés sont ressortis de l’atelier.

  1. Les projets solidaires au niveau local sont un exemple de ce qui peut se faire au niveau national dans les Etats européens. Cela dépend essentiellement d’une volonté politique et nécessite la collaboration entre les différents niveaux de pouvoir en concertation avec les acteurs issus de la société civile et les personnes migrantes.
  2. Les personnes migrantes et réfugiées doivent être considérées comme des acteurs politiques et non uniquement comme des objets bénéficiaires. Elles sont porteuses et actrices de droits. Elles sont aussi la clé de leur propre devenir.
  3. Les intérêts des citoyens européens et des personnes migrantes sont identiques : l’accès et le respect de leurs droits fondamentaux (santé, éducation, logement etc.). C’est ensemble qu’ils et elles doivent faire pression sur les responsables politiques pour des changements durables et profonds.

En outre, la délégation belge soutient qu’il faudrait :

  • Consolider et mieux faire connaître les réseaux des villes accueillantes dans le cadre du renforcement du rapport de force entre le niveau local, national et régional ;
  • Mettre en place un mécanisme permanent de suivi des engagements pris par les autorités politiques dans le cadre des labels « villes accueillantes ». Ce suivi doit être effectué par un comité mixte composé des autorités politiques locales, des personnes migrantes et des associations citoyennes.

Un atelier sur les migrations économiques

Migration économique et droits des travailleur·euse·s migrant·e·s

CNCD-11.11.11
https://youtu.be/ISISQoMLGA8

Le second atelier portait sur la « Migration économique et (les) droits des travailleurs et travailleuses migrant.e.s ». Les panelistes ont présenté différents projets d’associations et d’une entité publique (Enabel, l’agence belge de coopération au développement coopération au développement
aide publique au développement
aide au développement
) favorisant la mobilité et l’inclusion par le biais économique en Europe. Les personnes participantes se sont questionnées sur la façon adéquate d’offrir plus de voies légales et sûres de migration aux personnes travailleuses migrantes, tout en s’assurant de respecter leurs droits fondamentaux ainsi que l’intérêt des pays d’origine, de transit et d’accueil. Les expériences de Suisse, d’Italie, de Tunisie, du Maroc et de la Belgique, ainsi que celles de personnes travailleuses migrantes en situation irrégulières en Europe, ont été présentées.

Trois éléments clés ressortent de l’atelier :

  1. Les autorités politiques européennes sous-valorisent et discriminent systématiquement le rôle essentiel des personnes migrantes dans l’économie formelle et informelle en Europe.
  2. La demande d’augmentation des voies légales et sûres dans le domaine économique doit être menée de manière conjointe et complémentaire avec celle pour un accès au permis de séjour durable (dont les demandes de régularisation des personnes sans papier dans l’UE).
  3. Les accords en matière de voies légales et sûres pour les personnes travailleuses migrantes doivent être pensés en fonction des intérêts, besoins et demandes des personnes migrantes et des pays de départ et non uniquement ceux de l’UE. Ces accords doivent être durables et accessibles à tous les profils professionnels, pas uniquement aux profils hautement qualifiés.

En outre, la délégation belge soutient qu’il faut promouvoir et soutenir toutes les activités qui valorisent le rôle des personnes migrantes dans le secteur économique des pays de départ, de transit et d’accueil.

Et après ? Perspectives ouvertes par le FESM 2021

L’ensemble des recommandations du FESM sont rassemblées dans une Déclaration commune qui servira de cadre commun aux activités à venir de l’ensemble des personnes et associations participantes.

Des pistes de mobilisations communes ont été également proposées. Parmi celles-ci, une journée européenne de défense de l’accès universel aux services publics essentiels. Cette journée pourrait prendre différentes formes selon le contexte national, telle une journée d’action pour la demande de régularisation des personnes sans papiers, afin de leur garantir l’accès aux services de santé, d’éducation et de culture, d’emploi et de logement.

Fut citée également la proposition de construire un réseau dédié à l’histoire des personnes migrantes, en vue de collecter, diffuser et amplifier les voix des personnes exilées, de leurs proches tout comme les traces des récits de vie de nombreuses personnes migrantes disparues. Ce réseau entend à la fois humaniser le discours politique et politiser les expériences humaines des premières personnes concernées.

Enfin, face à l’impunité des violences commises sur les routes de l’exil, la proposition de mettre en place une commission d’enquête mixte (parlementaires et société civile comprenant des personnes migrantes) sur les violations des droits humains et plus généralement sur les questions migratoires a été émise.

Lors de l’assemblée de clôture, une dénonciation des conséquences socio-économiques de l’accord commercial entre des pays du Mercosur et l’UE a également été proclamée.

Ce FESM, qui avait commencé par une minute de silence pour les personnes décédées suite au Covid-19 Covid-19
Coronavirus
covid-19
coronavirus
, s’est terminé en mettant la culture à l’honneur grâce à un concert traduit en langue des signes.

[1Ce premier forum social européen sur la migration s’inscrit aux côtés d’autres fora régionaux sur les migrations en 2021 en Afrique et aussi en Amérique Latine.

[2Délégation belge : CNCD-11.11.11, 11.11.11, Caritas, ACV-CSC, CSC Bruxelles, FGTB, MOC et SBOverseas