Pas de tapis rouge pour le président égyptien !

Arrivée d'Abdel Fattah AL SISSI, Président de la République d'Égypte en France, décembre.... (Crédit : © Judith.Litvine/France Diplomatie - MEAE (flickr)
Crédit : © Judith.Litvine/France Diplomatie - MEAE (flickr)

Mercredi 16 février, en marge du sommet UE-Afrique, le président égyptien Abd El Fattah Al-Sissi a est reçu en audience au Palais Royal par S.M. le Roi Philippe. De nombreuses organisations de la société civile, dont le CNCD-11.11.11, dénoncent cette rencontre qui honore le dictateur, pourtant responsable de la situation catastrophique des droits humains dans son pays.

Depuis la prise de pouvoir d’Abd El Fattah Al Sissi par un coup d’état en juillet 2013, la situation, déjà mauvaise, des droits humains n’a fait qu’empirer en Egypte, et cela dans l’impunité la plus totale. Pire, les puissances étrangères lui déroulent le tapis rouge au nom de juteux contrats pour leurs entreprises ou de collaborations en termes de contrôle migratoire et de lutte contre le terrorisme.

60 000 prisonniers politiques

Le 8 janvier dernier, Céline Lebrun-Shaath annonçait la libération de son mari, Ramy. Ce militant palestino-égyptien était détenu arbitrairement depuis plus de deux ans en Egypte. Sa libération a été le fruit du combat acharné de sa femme et de nombreuses organisations de défense des droits humains dans le monde. Mais comme rappelé par Ramy Shaath lui-même, son cas est exceptionnel. Les autres prisonniers politiques ne peuvent pas tous compter sur ce genre de soutiens internationaux.

Ils sont environ 60 000 Egyptiens enfermés à cause de leurs opinions… ou simplement pour servir d’exemple au reste de la population. « L’Egypte devient une République de la peur » a souligné Ramy Shaath lors d’un entretien retransmis sur CNN. Une peur qui passe aussi par des pratiques courantes de torture dans les prisons égyptiennes. Durant un entretien avec la BBC, Ramy Shaath estime qu’il n’a pas été torturé. Il a pourtant eu les yeux bandés, été menotté et attaché à un mur pendant trois jours, ce qui constitue des pratiques de torture, mais qui représente un « traitement VIP » en comparaison à ce que des milliers d’autres prisonniers peuvent vivre.

En Belgique, plusieurs prisonniers égyptiens font l’objet d’attentions de la part de campagnes de la société civile, dont Ahmed Samir Santawy, chercheur et étudiant en master d’anthropologie à l’université d’Europe centrale, à Vienne (Autriche), et détenu arbitrairement en raison essentiellement de son travail universitaire sur les droits des femmes et la religion, notamment sur l’histoire des droits reproductifs en Égypte. Sont également souvent mis en lumière les cas d’Alaa Abdelfattah, bloggeur et défenseur des droits humains, issu d’une famille d’activistes connus pour leur opposition au régime, ou encore Zyad el-Elaimy, ancien parlementaire social-démocrate et avocat défendant les droits des travailleurs. Mais ces cas individuels ne sont malheureusement que des arbres qui ne doivent pas faire oublier la forêt.

La situation des droits humains en Egypte aujourd’hui est catastrophique. Outre les détentions arbitraires et la torture, les disparitions forcées se multiplient ainsi que les exécutions à l’issue de procès iniques. La répression de la liberté d’expression est totale, et s’abat sur les journalistes, les avocats, les défenseurs des droits humains, et d’opposants politiques au régime. Les droits des femmes et de la communauté LGBTQI ne sont pas non plus épargnés.

Complicité européenne

Face à ces violations des droits humains à grande échelle, l’Union européenne et ses Etats membres s’en tiennent le plus souvent à une mention discrète des droits humains lors de leurs relations diplomatiques avec les dirigeants égyptiens. Et prévalent généralement dans leurs relations, les bonnes relations commerciales, les contrôles des migrations vers l’Europe et la lutte commune contre le terrorisme.

Récemment, l’annonce de la candidature conjointe de l’Union européenne et de l’Egypte pour présider le Global Counter-Terrorism Forum a provoqué des réactions indignées de la société civile (voir communiqué du Cairo Institute for Human Rights Studies et de Human Rights Watch sur le sujet). Cette candidature est d’autant plus scandaleuse que l’Egypte présente « un problème systémique de protection des droits de l’homme en Égypte, ainsi qu’un problème systémique d’abus et de mauvaise utilisation des lois et pratiques antiterroristes », comme l’on récemment souligné des experts des Nations Unies.

La Belgique n’est pas en reste

En recevant le président égyptien au Palais royal, honneur qui n’est pas accordé à tous les chefs d’Etat de passage en Belgique, la Belgique déroule le tapis rouge à un dictateur et légitime ainsi les violations massives des droits humains dans le pays. Pourquoi un tel honneur ? La réponse est peut-être à chercher dans les relations économiques fructueuses que la Belgique entretient avec ce pays.

Lors d’une réponse donnée sur le sujet à la Chambre des représentants le 1er février dernier, la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès soulignait que « les relations économiques entre la Belgique et l’Égypte sont en effet importantes » et que « plusieurs entreprises belges sont quand même actives en Égypte, dans différents secteurs tels que le dragage, l’énergie renouvelable ou la construction ». Parmi les entreprises connues, on peut mentionner l’important chantier qu’a obtenu l’entreprise de construction belge Besix avec le nouveau musée égyptien. Plus récemment, en février 2021, l’entreprise belge DEME a signé un contrat avec la Egyptian Electricity Holding Company pour l’exploitation d’hydrogène vert, sous les auspices de l’ambassade belge au Caire.

La ministre des Affaires étrangères répète souvent que les droits humains sont une préoccupation constante de la Belgique dans ses relations avec l’Egypte. Ce leitmotiv gagnera en crédibilité le jour où le respect des droits humains primera sur nos relations commerciales avec le pays. Une résolution sur le respect des droits humains en Egypte a été déposée ce 15 février à la Chambre. Le débat mérite d’être ouvert afin d’assurer la primauté des droits humains dans les relations belgo-égyptiennes.