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Financement climat : la Belgique doit payer sa juste part

La Belgique doit prendre ses responsabilités et prendre un nouvel engagement ambitieux d'ici au 31 décembre.

La Belgique s’est engagée pour une contribution annuelle de 50 millions € pour la période 2013-2020 au financement climatique international. Cet engagement expire le 31 décembre 2020. Sur base des capacités financières de notre pays et de son degré de responsabilité historique dans les changements climatiques, nous demandons que cette contribution atteigne au moins 500 millions €/an.

Climat : la Belgique, petit pays, petites ambitions climatiques ?

CNCD-11.11.11, Tout va bien
https://youtu.be/EDPEu51ZfgE

C’est quoi le financement climat international ?

C’est l’engagement financier pris collectivement par les pays développés à soutenir les pays en développement face aux défis climatiques. Cet engagement date du sommet sur le climat de Copenhague (COP15) en 2009.

Pourquoi les pays développés ont-ils décidé de soutenir les pays en développement ?

Les pays en développement sont les plus vulnérables envers les changements climatiques alors qu’ils sont historiquement les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre. Le financement climat est donc une question de solidarité internationale et de justice climatique.

Outre le principe d’équité, l’Accord de Paris (2015) prévoit un engagement des pays développés vis-à-vis des pays en développement : ces derniers acceptent de s’engager aussi à limiter leurs émissions de CO2, à condition que les premiers soutiennent leurs efforts en les finançant (atténuation). D’autre part, les pays développés veillent également à financer l’adaptation des pays en développement face aux conséquences des changements climatiques (adaptation).

Le financement climat n’est donc pas qu’une question de solidarité et de justice, c’est aussi une condition clé pour que les efforts de chacun permettent d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Quel montant représente cette aide des pays développés aux pays en développement ?

En 2009, les pays développés ont pris des engagements concrets et chiffrés. Notamment celui d’atteindre l’objectif collectif de 100 milliards $ annuels, nouveaux et additionnels, d’ici à 2020. Par ailleurs, les pays développés se sont engagés à ce que leurs contributions au financement climat international soient croissantes.

Cet engagement des pays développés à atteindre les 100 milliards a-t-il été honoré ?

A la veille de l’échéance promise, on est loin du compte, comme le démontre le dernier rapport d’Oxfam international sur les « vrais chiffres du financement climat international ». La valeur réelle des financements fournis ne représenterait qu’un tiers du montant promis. Pire, dans les sommes déclarées par les bailleurs, une proportion astronomique n’a pas été fournie sous forme de subventions, mais principalement sous forme de prêts. « Un scandale sans nom, dénonce Oxfam, car les pays les plus pauvres du monde, dont la plupart sont déjà confrontés à des niveaux intenables d’endettement, ne devraient pas être contraints de contracter des prêts pour faire face à une crise climatique dont ils ne sont pas responsables. »

Cette situation est d’autant plus problématique que cet objectif de 100 milliards de dollars annuels va être revu à la hausse : il a en effet été prévu qu’un nouvel objectif collectif, plus ambitieux, serait adopté en 2025.

A quoi cet argent est concrètement destiné ?

C’est un outil indispensable pour permettre aux pays en développement de respecter leurs engagements climatiques et d’adopter un mode de développement décarboné. Un exemple est le financement de l’accès à l’énergie pour les communautés, via la mise en place de réseaux d’énergie renouvelable partagée. Ces financements sont aussi des moyens pour s’adapter aux conséquences, déjà dramatiques, des changements climatiques. Ils peuvent servir par exemple à financer des stratégies de réhabilitation, de conservation et de protection de mangroves, qui contribuent à améliorer la résilience aux effets du changement climatique dans les zones côtières.

Comment est distribué cet argent ?

Le financement climat international peut être dépensé via des canaux bilatéraux (entre Etats) et multilatéraux. S’il existe différents fonds multilatéraux pour le financement climat international (Fonds pour l’adaptation, Fonds pour les pays les moins avancés), c’est le Fonds vert pour le climat qui devrait devenir, à terme, le principal canal de financement multilatéral. Ce dernier a organisé une première phase de refinancement en 2019, lors de laquelle le gouvernement fédéral belge a fait une promesse de 100 millions €, répartis sur les prochaines années.

Et la Belgique dans tout cela ? Bonne ou mauvaise élève ?

Deux points positifs d’abord. La Belgique, à l’instar de la Suède, du Danemark ou du Royaume-Uni, a fourni la vaste majorité de ses financements climat sous forme de subventions. Elle fait donc bonne figure à cet égard. Elle a aussi fait le choix d’orienter son financement sur l’adaptation aux changements climatiques, et met l’accent sur les pays les moins avancés. 

Mais le montant total apporté est largement insuffisant au vu de l’urgence de la situation. La Belgique s’est engagée à une contribution de 50 millions €/an, répartie entre les Régions et le gouvernement fédéral, puisque, rappelons-le, quatre ministres s’occupent du climat dans notre pays. D’année en année, cette contribution varie mais n’est pas croissante. Ainsi, la Belgique a apporté une contribution à hauteur de 99,7 millions € en 2019, un montant supérieur à celui de 2018 mais inférieur à celui de 2017. Par ailleurs, les contributions belges sont globalement bien inférieures à celles de nos voisins.

50 millions par an, c’est toujours mieux que rien de la part de la petite Belgique. Non ?

Petite Belgique ? Selon la Banque mondiale, la Belgique est tout de même le dix-huitième pays le plus riche du monde. Avec une promesse actuelle de 50 millions €, elle contribue à hauteur de 0,06% du financement total en 2020. Notre pays se classe pourtant à la 19e place des pays à la plus forte empreinte écologique du monde.

En outre, ce chiffre de 50 millions est à relativiser. Le financement belge ne répond pas aux exigences en termes de qualité : il n’est ni croissant, ni nouveau, ni additionnel.

Qu’entend-on par du financement « nouveau et additionnel » ?

Le principe du financement « nouveau et additionnel » n’a pas de définition officielle. « Or, sans définition commune, il y a autant de règles que de pays donateurs, explique Rebecca Thissen du CNCD-11.11.11. Cette absence de cadre permet à certains pays développés, dont la Belgique, de gonfler leurs chiffres annuels et de compter doublement le financement alloué pour la coopération au développement comme financement climat international. » Et de fait, quasiment la totalité de la contribution belge provient du budget de la coopération au développement, alors que ce budget est lui-même en baisse depuis de nombreuses années.

Pour le CNCD-11.11.11, l’additionnalité signifie que les promesses concernant le financement climat doivent s’ajouter aux contributions promises antérieurement, comme celle de consacrer 0,7% du revenu national brut à l’aide publique au développement.

Pourquoi se mobiliser maintenant pour le financement climat international ?

Notre pays s’est engagé pour le montant de 50 millions € par an pour la période 2013-2020. Cet engagement expire le 31 décembre 2020. Une nouvelle promesse de financement, plus équitable, doit donc être adoptée avant la fin de l’année entre le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux.

Quelle serait le montant d’une juste contribution de la Belgique ?

Selon des calculs effectués par le CNCD-11.11.11 sur base des capacités financières de notre pays et de notre degré de responsabilité, il ressort qu’une contribution équitable belge atteindrait au moins 500 millions €/an.

Que demande exactement le CNCD-11.11.11 aux représentants politiques ?

  • D’opter pour une contribution équitable et croissante au financement climat international, en définissant une trajectoire de croissance, pour contribuer à hauteur d’au moins 500 millions € par an.
  • De garantir que cette contribution ne pèse pas sur le budget de la coopération au développement (additionnalité). C’est d’ailleurs l’engagement pris dans la déclaration du nouveau gouvernement fédéral.
  • De privilégier un financement pour l’adaptation avec une attention particulière pour les pays les plus vulnérables.
  • De s’assurer que ce nouvel engagement soit adopté le plus rapidement possible, avant fin 2020, en concertation avec les Régions et le Fédéral.

500 millions ! N’est-ce pas utopique en pleine crise économique ?

Le financement climat est indispensable pour permettre une relance économique juste et durable, partout dans le monde. Il est crucial pour les pays en développement, déjà affaiblis par les changements climatiques, qui subissent de plein fouet les conséquences économiques et sociales de la pandémie du covid-19, en plus des autres fléaux dont ils sont parfois victimes. Il est surtout une condition pour atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris, car la baisse des émissions dans les pays développés n’aura d’effet sur le réchauffement global que si les pays en développement ont les moyens d’adopter des modèles de développement décarbonés.

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